LA PRINCESSE ET LE CHEVALIER, poème de Jean-Michel Bessou (avril 2015).

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LA PRINCESSE ET LE CHEVALIER,
Poème de Jean-Michel Bessou ( avril 2015 ).
C’est un petit récit de cape et d’épée que j’ai écrit en vers, et où je raconte comment un chevalier et son compagnon sauvent une jeune princesse prisonnière dans un château, des mains d’un infâme duc adepte de la magie noire, et de sa secte de francs-maçons.
La princesse s’appelle Marie-France, et le Chevalier porte le nom de l’Archange qui veille sur notre malheureux pays : ce n’est pas par hasard bien évidemment…
C’est aussi un hommage à notre cher Hugo : dans son poème Éviradnus de la Légende des Siècles, il fait combattre comme un lion le vieux héros qui veut sauver une reine. Ayant accompli son exploit, le brave s’attendrit en contemplant la reine qui s’éveille, et j’avoue que je ne puis lire le dernier vers sans pleurer :
« Madame, » lui dit-il,  » avez-vous bien dormi ?  »

1 La nuit était tombée… On entendit la chouette
Hululer par deux fois : sa triste vocalise
Venait du bois sinistre entourant le château.
La muraille étouffait quelque plainte secrète…
L’oiseau se tut, laissant les ténèbres muettes.
Un faible bruit pourtant : le souffle de la brise
Tremblait dans les feuillages… Mais résonna bientôt

2 Un seul cri, ressemblant à celui du rapace,
Et l’imitant fort bien, mais sans être le même…
Trop tard, pour un écho… : l’avait-on contrefait ?
Quelque galant, peut-être, avait eu cette audace
D’échanger un signal pour entrer dans la place,
Avec la sentinelle ? Ce fut la lune blême
Qui trahit l’étranger : on put voir en effet

3 Une cape volante et couleur de muraille
Escalader la pierre en suivant une corde
Jetée par un complice, du dedans d’une tour :
Il fut le seul témoin… Mais quittant la grisaille,
Apparut l’étranger, armé pour la bataille :
Il portait cette épée que le Seigneur accorde
À l’Archange Michel pour défendre l’Amour.

4  » – Entrez donc, Chevalier ! Refermons la fenêtre…
Personne, sinon Dieu, n’a pu voir l’escalade
Qui vous hisse en ce lieu, au mépris des périls :
Vous pouviez choir de haut, être tué peut-être,
Et vous auriez rejoint tous vos vaillants ancêtres
Si je n’avais drogué le vin que boit la garde.
Vous sauvant de leurs glaives… C’est maintenant le fil

5 De votre épée, qui va rendre enfin la Justice
Contre ce maudit Duc, adorateur du Diable,
Oppresseur du bon peuple, et maître de ce lieu.
Ce suppôt d’Astaroth lui offre un sacrifice
En échange duquel il satisfait des vices
Tels que Gilles de Rais paraîtrait moins coupable…
Ces monstres font gronder la colère de Dieu !  »

6 Le chevalier s’enquit :  » – Où donc est la Princesse ?
Tu m’as dit que le Duc lui a fait boire un philtre
Pour la priver de sens, et la mettre à merci
Des désirs de tout homme ? Ô l’infâme bassesse !
S’il est temps d’arracher à ces viles caresses
La noble jeune fille, qu’on écrive un chapitre
Du nom des criminels que je tuerai ici !

7 Mon épée ! Et laissons cette cape inutile !
Je brûle de colère et veux châtier le crime !
Courons vite au carnage, et sauvons cette enfant !
– Chevalier, » répondit l’échanson, « l’âme vile
Du maître de céans causa tant de victimes
Que vous épuiseriez les bottes de l’escrime
Sans avoir tout tué… Aussi, Dieu vous défend

8 De descendre tout seul vers la crypte secrète
Où la Princesse nue gît sur un catafalque…
Vont y aller le Duc et six de ses barons
Pour rendre un culte au Diable et commettre l’inceste
Avant que d’égorger comme une pauvre bête
La malheureuse enfant… La coupe d’orichalque
S’emplira de son sang : c’est sa vie, qu’il boiront…

9 Aussi, je prends un glaive, et je vous accompagne.
Ce passage secret descend jusqu’à la roche :
Sésame s’ouvrira quand sonnera minuit…
Ce furent des guerriers, vainqueurs de vingt campagnes
Qui nous attendent lá… Mais après Charlemagne,
Plus de Chevalerie… Pardon !… Prenons ces torches…
Tâchons de les surprendre avant qu’ils aient trop nui !

10 Si pour moi je n’ai point de sang chevaleresque, Mon âme roturière est émue des souffrances
Que subit l’opprimé. Votre bras est puissant :
Que Dieu fasse du mien votre allié ! Qu’il ait presque
Autant d’habileté pour tracer l’arabesque
Qu’une pointe d’épée fait avant la vengeance
Infligée á quiconque verse un sang innocent !

11 = Bien parlé, mon ami ! Mais trève de paroles :
J’entends dans le lointain une cloche qui sonne
La demie de onze heures… Guide=moi : je te suis ! »
Ensemble ils descendirent, le Chevalier, le drôle
( Du moins, croyait-il l’être… ) pour tirer de sa geôle
Une pauvre princesse… Bientôt sonna minuit,

12 Et Sésame s’ouvrit, pour leur livrer passage :
C’est par lá seulement qu’on atteignait la crypte
Que des esclaves avaient taillée dans le granit.
Les torches révélaient le temple où les sept mages
Venaient pour célébrer leur culte anthropophage,
Sacrifier une enfant aux mystères d’Égypte,
Et défier le Vrai Dieu, plus haut que le Zénith.

13 Des voûtes s’appuyaient sur les grosses colonnes
D’anciens temples romains, Sur cette pierre antique
Les flammes faisaient luire d’étranges lettres d’or : C’étaient des hiéroglyphes…  » – Entends-tu ? Ça résonne !
– Ils viennent, Chevalier ! Et la prudence ordonne
D’éteindre nos deux torches dans l’eau peu catholique
Dont le Styx a rempli ce bénitier de mort… »

14 Les sept mages venaient, le Duc ouvrant la marche.
Ils portaient des flambeaux, et l’on vit la Princesse
Que n’avaient point trouvée nos deux amis encor’ :
Ils se dissimulèrent… Non point qu’ils fussent lâches,
Mais ils n’étaient que deux, l’épée prête à la tâche
D’envoyer en enfer sept prêtres d’une messe,
En protégeant l’ « hostie »…  » – Chevalier, elle dort… »

15 Chuchota l’échanson au creux de son oreille.
« -J’eus le temps de verser une goutte de drogue
Dans la coupe oú le Duc verse un philtre d’enfer :
J’espérais épargner des douleurs sans pareilles
À cette pauvre enfant… Pendant qu’elle sommeille,
Elle ne souffre point… Le Duc possède un dogue
Qu’il abreuve de sang, et nourrit de la chair

16 Qu’il arrache aux victimes offertes en sacrifice.
Il apprit la Magie dans un ancien grimoire
Nommé le Grand Albert… L’immonde rituel
Exige qu’une vierge ou qu’un enfant périsse,
Et qu’on offre son sang aux démons des Abysses
Qui nagent dans le Styx d’où vient la Magie Noire…
– Et l’orgueil de ce fou qui veut être immortel ! »

17 Réplica le héros. La Princesse était belle…
Le Chevalier pourtant, voyait d’un regard chaste
Cette chaste beauté qui dormait sur l’autel
Où un chandelier juif éclairait la pucelle,
Chaque flambeau ayant allumé sa chandelle
Sur cette Ménorah, car les sept pèdérastes
Faisaient ce sacrilège pour défier l’Éternel !

( À suivre )

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