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L’AMOUR FOU,
Poème de Jean-Michel Bessou,
écrit pour commenter un extrait de Bérénice, œuvre de Jean Racine que citait madame Laurence Chevillard.

Mon cœur est excédé : il faut que je vous dise
De ces vers qu’on écrit en hommage aux marquises
Pour louer leur jeunesse ou leur sage vertu,
Selon qu’on soit galant, ou que l’on ait perdu

L’espoir de savourer le bonheur d’une idylle…
L’amour est chose folle, et chose difficile,
Mais enfin c’est la vie ! Et la vie, c’est l’amour !
C’est l’angoisse éprouvée quand tarde le retour

De l’être tant aimé, dont la terrible absence
Rend notre vie déserte, et remplit le silence
De la voix que l’on aime, et des mots du désir
Qui hurlent sans un bruit, n’étant qu’un souvenir

Enfui dans un passé désormais chimérique…
Mais l’être aimé fût-il parti pour l’Amérique,
Qu’il serait près de nous, malgré tout l’Océan :
Son souvenir, porté par un grand goéland,

Nous parvient sur-le-champ, en deux ou trois coups d’ailes…
J’ai perdu qui j’aimais : je ne vous parle d’elle
Que pour aider mon cœur à demeurer en paix,
En voilant ma douleur de ce linceul épais

Que vous tissent des vers du rythme d’Alexandre,
Lesquels, en douze pieds, disent des choses tendres
Qui seraient incongrues, si ce n’étaient des vers…
L’amour, sans Qui l’on aime, est comme un long hiver

Que ne réchauffe plus le soleil des caresses
Et que ne saoule plus le Désir, cette ivresse
Qui incendie la chair, et donne en proie aux flammes
Un cœur qui ne vit plus que pour aimer cette âme

Qui enlace la nôtre ainsi que fait le corps,
Mais dont l’amour, si chaste, est amour sans remords
Car c’est l’autre qu’on aime, et ce n’est point soi-même.
Or c’est aimer deux fois, que d’aimer Qui l’on aime

Au lieu de ravaler en source de plaisir
Cet Être que l’honneur interdit d’avilir
Car Dieu créa la Femme, et c’est une Princesse
Qui perpétue la Vie, pour que jamais ne cesse

Le flot majestueux de ces générations,
L’Océan de l’Amour, et la mer des passions…

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